La veille, pour sa première journée en France, au temple Ganden Ling de Veneux-les-Sablons (Seine-et-Marne) et à la pagode vietnamienne d'Evry (Essonne), le chef spirituel du Tibet s'en était tenu à une règle d'impartialité. En dehors de propos incantatoires sur la "paix universelle", il s'était gardé de toute allusion à la répression qui frappe son pays, aux JO qui gonflent d'orgueil la Chine et aux passes d'armes qui ont précédé son arrivée à Paris. A peine s'est-il autorisé une pointe d'ironie en faisant applaudir les Chinois - "nos aînés" - parce qu'ils ont découvert avant les Tibétains le bouddhisme.
"Sa Sainteté, ici la France vous accueille, lui a lancé Manuel Valls, le maire PS d'Evry, et vous montre son soutien à la cause tibétaine." Le matin, dans les couloirs du temple de Veneux, le maire, Michel Bénard (PS), ne décolérait pas devant l'attitude des autorités françaises : "Notre première médaille d'or, c'est celle des volte-face et de l'hypocrisie." Mais à part de rares insignes "Save Tibet", "Free Tibet", le public n'était pas venu mardi pour en découdre et le décalage entre ces manifestations religieuses pacifiques et les déploiements de police était assez pathétique.
Dans sa robe aux couleurs safran et lie-de-vin, le dalaï-lama a fait, à lui seul, le spectacle. Il passe du recueillement à la jovialité, bénit le public, joint les mains, salue une vieille connaissance, moque son anglais, éclate de rire après chacun de ses bons mots. Avant de bénir, en lançant des pétales de fleurs, le nouveau Bouddha doré d'Evry, il échange avec des bambins vietnamiens et tibétains les katag, ces écharpes de soie blanche, symboles de pureté et d'amitié.
A Veneux, l'émotion est à son comble. Le dalaï-lama retrouve Dagpo Rimpoché, de trois ans son aîné, l'un des maîtres les plus érudits du bouddhisme en France. Monocordes, les cantiques pour une "longue vie" s'adressent aux deux vieux amis. A Evry, toute la communauté vietnamienne s'est donné rendez-vous. La pagode Khanh Anh, de 1 500 m2, sera la plus grande d'Europe. On y célébrera chaque dimanche le culte des ancêtres. Un drapeau du Vietnam précommuniste y flotte : "Le drapeau de notre liberté", commente un moine.
Le dalaï-lama commente des auteurs anciens, fait l'exégèse des "quatre nobles vérités" (la réalité des "souffrances" et les moyens de s'en libérer), loue la "compassion", le dialogue entre les religions. Son oecuménisme est récompensé par la présence de l'évêque d'Evry, Mgr Michel Dubost, qui salue "l'un des chercheurs de paix les plus insignes au monde" et de personnalités juives, protestantes, musulmanes. Le succès de cet homme vient de son charisme. "Lui, au moins, on le respecte pour ce qu'il fait, dit une jeune fille, autant que pour ce qu'il est."