Le geste valut à Gyatso un autre mois d'incarcération au début des trois ans quand il s'occupait d'activité politique.
Mais aujourd'hui Gyatso défie par sa position l'approche faite par le Dalaï Lama de la « voie du milieu » dans la longue lutte qui oppose les Chinois et les Tibétains à propos du destin de leur patrie.
La modération du leader spirituel du Tibet est en train d'être défiée par une nouvelle génération en désaccord avec sa bonne volonté d'accepter l'autonomie du Tibet à l'intérieur de la Chine plutôt que de réclamer la totale indépendance.
« Le Dalai Lama a affirmé qu'il était temps que les Tibétains choisissent leur futur, et je choisis l'indépendance totale comme la plupart des Tibétains et comme cela a pu être constaté dans le soulèvement de mars dernier » a dit Gyatso
Gyatso fait partie de cette nouvelle race de Bouddhistes activistes qui sont au premier rang dans les batailles pour gagner la liberté démocratique. Ces Bouddhistes guerriers luttent pour maintenir leurs convictions religieuses de compassion et de non violence pendant qu'ils défient la puissance des régimes autocratiques.
CNN a parlé à Gyatso au moment où lui et 80 autres moines, qui ont fui le Tibet et sont en exil, étaient en train de se préparer à prendre part à une marche de protestation de 850 miles depuis Dharamsala en Inde jusqu'à la frontière du Tibet. Leur marche était prévue pour coïncider avec la flamme des jeux Olympiques, afin de permettre la meilleure exposition de leurs revendications pour l'indépendance du Tibet par rapport à la Chine.
C'est une partie de la jeune génération de moines qui a souhaité mettre leur vie au service de la cause politique. Sauf que ces insurgés ne sont pas armés. En fait lorsque CNN les a rencontré en Inde, ils étaient en train de suivre une formation à la protestation non violente inspirée par des personnes du même genre que Mahatma Gandi et Rosa Parks.
"Je représente la cause de l'indépendance du Tibet. Mais en tant que moine je ne m'écarterai jamais de la non violence", a dit Gyatso.
Contrairement à un certain nombre de moines, Gyatso est un personnage impressionnant, grand et musclé comme beaucoup de nomades et de fermiers tibétains originaires de la région sauvage de l'est du Kham.
Enfant il passe ses vacances à conduire les troupeaux de Yaks dans les hautes montagnes et à chasser des gloutons avec des pierres et sa fronde. Mais Gyatso rêve déjà d'autre chose. A l'âge de 13 ans il intègre le monastère avoisinant de Podma et commence alors de rigoureuses études des textes Bouddhistes.
"Je voulais devenir moine car cela me donnait une sensation de paix". Disait-il.
Mais lorsque j'ai eu 16 ans cette paix s'est brisée à cause de la Tourmente politique qui a frappé l'ensemble du Tibet. Le Tibet est devenu une partie de la Chine depuis la récente et victorieuse invasion de 1950 par les forces Communistes Chinoises. Dans le milieu des années 90 réagissant à la protestation des Tibétains pour l'indépendance, les autorités Chinoises ont accéléré la compagne de « rééducation patriotique ».
Comme le raconte Gyatso « ils ont obligé les moines à dénoncer le Dalai Lama et à jurer fidélité aux membres de la République Populaire de Chine. Mais le moine le plus âgé a refusé en disant qu'il préférait renoncer à sa robe de moine que de dénoncer son guide spirituel. Après que le moine ait été arrêté, Gyatso et d'autres moines ont tapissé les murs de leur monastère d'affiches de protestations. Les autorités n'ont pas mis longtemps à réagir.
« En prison ils m'ont tellement battu que je ne pouvais plus ni marcher ni manger » se souvient Gyatso. Les camarades de ma cellule me déposaient la nourriture dans ma bouche car je ne pouvais plus mâcher.
Mais le pire était à venir. Gyatso raconte que les gardes lui ont passé les menottes et l'ont forcé à rester dans une chambre remplie d'eau jusqu'aux chevilles.
"C'était comme si j'avais été frappé par un marteau géant, et je me suis évanoui" nous raconte-il.
Gyasto explique qu'il a reçu des chocs électriques alors qu'il était inconscient, et durant les 10 jours qui ont suivi, il ne pouvait ni marcher ni parler ni même regarder devant.
Il dit que les interrogateurs chinois essayaient ainsi de recueillir des confessions afin de déterminer qui avait été à l'origine de la protestation dans le monastère.
« Même lorsque j'ai été férocement battu mon esprit n'a jamais défailli, parce que je savais que je devais rester pour dire la vérité. Ils sont en train de détruire ce que j'ai de plus sacré: ma religion, ma culture et ma cause. Plus ils me torturaient, plus ma foi grandissait » raconte-t'il.
Le gouvernement chinois a décliné encore une fois la demande d'interview.
La foi de Gyatso risque certainement d'être bientôt remise à l'épreuve vu qu'il s'approche du point culminant de sa marche pour le Tibet.
Après qu'il ait été relâché de prison en Chine, Gyatso s'est enfui par l'Himalaya pour continuer ses études au monastère de Sera dans le sud de l'inde, un centre pour la Communauté Tibétaine en exil.
Mais lorsqu'il a entendu parler de la Marche de protestation pré-olympique, il a été l'un des premiers moines à la signer. En mars, lors du 49ème anniversaire de l'échec du soulèvement contre les règles chinoises, les marcheurs ont commencé leur quête chimérique.
Trois mois durant, Gyatso et 80 moines se sont approché des frontières du Tibet, malgré les arrestation par les autorités Indiennes et l'appel du gouvernement Tibétain en exil de suspendre les protestations anti-chinoises.
La marche de Gyatso coïncidait avec la plus grande protestation que le Tibet ait connu lors de cette décennie. La majorité des Tibétains modérés ne voulaient pas enflammer davantage la situation, mais un soulèvement non violent est exactement ce que les marcheurs recherchaient.
« Nous espérions qu'il y aurait un soulèvement au Tibet le 10 mars mais notre marche n'en n'a pas été le déclencheur. C'est le résultat de la sévère répression de notre peuple » explique Gyatso.
Quand les premières paisibles protestations du Tibet se sont transformées en émeutes anti-chinoises, le 14 mars, Gyatso et ses compagnons moines ont condamné ceux qui s'éloignaient de la non violence et ont reconnu que le Dalai Lama aidait à conserver la paix.
En juin, quand Gyatso et les autres marcheurs avaient en vue le Tibet, ils ont été stoppés et encore arrêtés par les autorités indiennes qui ne voulaient pas les laisser continuer davantage.
Lescinq organisations d'exilés Tibétains qui ont sponsorisé la marche ont rompu la marche, mais Gyatso et d'autres moines ont juré de continuer leur mouvement.
Les autorités chinoises espèrent que la plus vielle génération de Tibétains activiste est partie.
« Ce que j'ai appris lors de la marche c'est que lorsque le Dalai Lama s'éteindra uns nouvelle génération d'activistes va apparaître. » dit Gyatso