CoMpReNdRe lA ChInE, sOuTeNiR Le tIbEt.

Ces deux objectifs semblent souvent contradictoires.
Et pourtant ils sont intimement liés.

L
a dureté de la répression chinoise au Tibet, l'arrogance et le goût de l'insulte de certains hauts responsables, comme M. Zhang Qingli, secrétaire général du PCC au Tibet, la propagande qui ré-écrit l'histoire et ment sur les chiffres, tout cela ne conduit pas à garder son calme et à rechercher une analyse objective de la situation en Chine. Or si nous n'y parvenons pas, nous nous condamnons à entrer dans la logique de l'incompréhension et de l'aversion, qui conduit naturellement à la violence.
Dep
uis quelques temps en France, de jeunes Chinois, encouragés par leur ambassade, mais aussi quelques hommes politiques en quête de visibilité, adoptent une position d'hostilité systématique à tout ce qui est tibétain, et au Dalaï Lama en particulier, et n'hésitent pas, avec une violence verbale inquiétante, à le manifester lors de réunions publiques ou sur les écrans de télévision.
I
ls s'appuient sur le climat de xénophobie (et singulièrement de francophobie) ambiante qui règne actuellement à Pékin et qui semble s'être développé à l'approche des Jeux olympiques, traduisant une certaine inquiétude des organisateurs.

C
omment devons nous réagir ?
Certainemen
t pas en entrant dans le jeu pervers de la polémique, mais en agissant à deux et même à trois niveaux.
D
'abord mieux connaître les faits, historiques ou contemporains, concernant la Chine et le Tibet.
Deuxième
ment en nous interdisant toute altération de la vérité pour des raisons de propagande : rappelons-nous que la vérité seule est notre force (Satyagraha).
Troi
sièmement, et c'est peut-être le plus difficile, en tentant de saisir les codes de la communication et de la structure mentale de nos interlocuteurs chinois.
Très souvent, l'esprit critique leur apparaît comme une agression à leur égard et une faiblesse de la part de celui qui l'applique à lui-même. Il faut convaincre de sa bonne foi quelqu'un qui n'a que faire de la bonne foi, et c'est sans doute la chose la plus difficile du monde, le Dalaï Lama est bien placé pour le savoir. Mais la personne que nous avons en face de nous n'est pas la Chine entière, tant s'en faut.
C'est donc en s'appuyant sur des sources chinoises critiques, mais pas forcément dissidentes que nous appuierons le mieux notre argumentation de dialogue. Ces sources existent, même s'il faut aller les chercher un peu loin. Le récent ouvrage "la société chinoise vue par ses sociologues", et singulièrement les 5 dernières pages du livre, intitulées "de la politique en milieu chinois", constitue un excellent outil de travail.
Au delà des vociférations, l'enjeu est de taille : ne pas laisser le champ libre aux ultras de tout genre, prêts à s'emparer de toute erreur de notre part pour en faire une arme, ne pas laisser, faute de dialogue, des résidents chinois, voire une fraction de la population chinoise, se faire manipuler par des propos agissant sur un sentiment de frustration ou d'orgueil et générant le nationalisme.
Enfin, et cela concerne notr
e société française, ne pas laisser le champ libre aux poncifs d'une sinophilie de pacotille, mercantile ou archéo idéologique. Pour que nous aimions la Chine il faut qu'elle sache se rendre aimable, c'est-à-dire respectable.
"La
Chine est obsédée par l'idée de retrouver un rôle dans la communauté des nations" nous disent des sinologues, et journalistes spécialisés. Quoi de plus naturel ?
Le
prix d'entrée est, sans nécessairement prendre l'occident au passé colonial ou au présent parfois contestable pour modèle, d'admettre un raisonnement incluant la critique, (le meilleur cadeau que l'on puisse faire à un ami), et de placer la compétition sur le terrain de l'homme, de ses droits sociaux et politiques, de la variété de ses cultures.
Et non seulem
ent sur le terrain du toujours plus économique ou militaire. Concrètement, nous pouvons y être pour quelque chose.

Jean Paul Ribes


***********************************************************************


Incontournable dans le débat :

"Le Tibet est-il chinois ?"
d'Anne-Marie Blondeau. Edit. Albin Michel, 4 sept. 2002.
ISBN 978-2226134264

"Le Tibet, une civilisation blessée"
de Françoise Pommaret. Edit. Gallimard, 30 oct. 2002.
ISBN 978-2070762996

"La société Chinoise vue par ses sociologues"
de Jean-Louis Rocca. Edit. Presses de Sciences Po, juin 2008.
ISBN 978-2-7246-1073-4

"Chine, l'envers de la puissance"
de Cai Chongguo. Edit. Mango, 20 oct. 2005.
ISBN 978-2914353625




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# Posté le vendredi 04 juillet 2008 02:46

PoUrSuItE DeS ArReStAtIoNs. DeS LiBéRaTiOnS InQuIéTaNtEs

Selon des sources concordantes, le 24 juin dernier, deux moines du monastère de Bheri, dans le Comté de Karze ont été arrêtés arbitrairement pour des graffitis appelant à l'indépendance du Tibet sur les murs du monastère.
Au
paravant, les 13 et 14 juin , ces moines, Kalsang Yeshi, 27 ans et Tashi Dondup, 30 ans, avaient refusé de participer aux activités du groupe de travail "d'éducation patriotique" qui exigeait d'accuser publiquement le Dalaï Lama. Avant de les arrêter, les forces de sécurité chinoises ont cherché des pièces à conviction dans le logement des moines.
- L
e même jour, les autorités chinoises ont aussi arrêté deux autres moines du même monastère. Gatruk Dorje, 41 ans, et Wangchuk Dorje, 39 ans, ont été accusés d'avoir mis le feu au pont de Bheri, situé non loin de là, sur la rivière Zachu (Yangtse)
Quelques moines et nonnes du monastère de Ganden Choekhor et du couvent de Shar Bhumpa dans le Comté de Phenpo (à l'est de Lhassa) ont été libérés puis réintégrés dans leurs différentes unités à la suite de la pression exercée par les habitants. Cependant, les autorités ont refusé de réintégrer certaines nonnes et leur ont ordonné de rentrer chez elles.
-
Parmi les moines du monastère de Sakya Nalanda, dans le Comté de Phenpo, arrêtés en avril, deux moines auraient été libérés. Un de ces moines n'est connu que par son surnom : Monpa. A leur libération, les moines étaient handicapés du fait du nombre de coups reçus des fonctionnaires de la prison.
Les mo
ines ont révélé qu'ils avaient été forcés de s'agenouiller sur du gravier pendant que des gardes continuaient à les battre. De la même manière, à leur libération, quelques nonnes appartenant à une branche du couvent de Phende se sont plaintes de traitements semblables dans la prison. Certaines de ces nonnes sont aujourd'hui partiellement infirmes.
Le 22 juin dernier, Jigme Phuntsok, 22 ans, originaire du village de Luchu (ch. Luqu) en Amdo, moine du monastère de Drepung à Lhassa, a été arrêté dans son monastère puis transféré à la prison de Na Gormo (ch. Golmud) où il est décédé.
A la s
uite de ce décès en prison, les autorités ont refusé de rendre le corps du moine aux membres de la famille avant que ceux-ci aient signé un document affirmant qu'une maladie était la cause du décès. La famille n'ayant pas sig, les autorités ont brûlé le corps sans le renvoyer à la famille.
Le 10 juin, des officiers de la Sécurité chinoise ont fait une rafle dans le monasre de Sey dans le Comté de Ngapa en Amdo, suivie de quelques arrestations. Les forces de sécurité ont fouillé tout le monastère et le logement des moines, écrasant et truisant les portraits du Dalaï Lama. Elles sont revenues les 11 et 12 juin, harcelant même les moines qui étaient en retraite et forçant les jeunes moines à partir du monastère. Le monastère est sur le point d'être totalement vidé.

Source : Tibetan Solidarity Commitee, Central Tibetan Administration 25 juin et 30 juin 2008



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# Posté le jeudi 03 juillet 2008 12:47

RePrIsE DeS PoUrPaRlErS SiNo-tIbÉtAiNs lEs 1-2 jUiLlEt 2008

Communiqué du Gouvernement tibétain en exil, 30 juin 2008

L'émissaire spécial de Sa Sainteté le Dalaï Lama, M. Lodi Gyaltsen Gyari, et l'émissaire M. Kelsang Gyaltsen arrivent en Chine aujourd'hui [1] pour une septième rencontre formelle avec les représentants du gouvernement chinois.
Ils seront accompagnés par MM Sonam N. Dagpo et Bhuchung K. Tsering, tous deux membres de la Task Force des négociations sino-tibétaines et de M. Jigmey Passang qui fait partie du secrétariat de la Task Force tibétaine.

Le 4 mai 2008, lors de la rencontre informelle entre les émissaires de Sa Sainteté le Dalaï Lama et les représentants des autorités chinoises à Shenzhen en Chine, il avait été convenu de poursuivre le processus de dialogue lancé en 2002 par une septième rencontre formelle, à une date restant à convenir.
Cette rencontre intervient à un moment critique.

Sa Sainteté le Dalaï Lama a donné des instructions à ses émissaires, leur recommandant de faire tous les efforts nécessaires afin qu'émerge un progrès tangible de ces discussions pour résoudre la situation difficile du peuple tibétain dans sa propre patrie. Nous espérons que cette rencontre permettra de contribuer à la résolution de la question en suspens depuis longtemps, par la voie du dialogue, dans l'intérêt de la stabilité, de l'unité et de l'harmonie de toutes les nationalités de la République populaire de Chine.
La présente rencontre aura lieu du 1er au 2 juillet à Pékin.

Chhime R. Chhoekyapa (M.), Secrétaire
Sa Sainteté le Dalaï Lama

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Cet entretien, qui fait suite à la rencontre des 3 et 4 mai 2008, était initialement prévu le 11 juin 2008, mais avait été reporté en raison des problèmes liés au tremblement de terre au Sichuan le 12 mai.
Un compte-rendu de la rencontre des 3-4 mai a été publié sur Tibet Info le 9 mai 2008.

En fonction de l'évolution de ces discussions entre le régime chinois et les envoyés spéciaux du Dalaï Lama, Nicolas Sarkozy a indiqué le 30 juin qu'il annoncerait en "début de semaine prochaine" s'il assisterait ou non à la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques de Pékin
.

[1] NdR 30 juin 2008



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# Posté le jeudi 03 juillet 2008 12:43

FiN De lA "mArChE Du rEtOuR Au tIbEt"

FiN De lA "mArChE Du rEtOuR Au tIbEt"
mais la campagne "Tibetan People's Uprising Movement" se poursuit !

La "Marche de retour au Tibet" s'est achevée après la libération des derniers marcheurs emprisonnés.
Les Tibétains se préparent à agir au cours des Jeux olympiques de Pékin.
Au terme de son 110ème jour de progression, la "Marche de retour au Tibet" a été déclarée officiellement terminée le 27 juin au matin à l'issue d'une cérémonie de clôture tenue au camp de réfugiés tibétains de Paonta Sahib (état d'Himachal Pradesh). Les présidents des cinq ONG organisatrices prièrent les marcheurs de rejoindre leurs communautés respectives afin de mobiliser et de motiver leurs amis et leurs proches en vue de se préparer pour de plus amples opérations en août pendant les Jeux olympiques de Pékin.

"La Marche de retour au Tibet est arrivée à son terme, mais la campagne "Tibetan People's Uprising Movement" [2] se poursuit. Nous nous rassemblerons encore plus nombreux pour protester contre la Chine organisatrice des J.O. de 2008", déclarait Ngawang Woebar, Président de GuChuSum, l'association venant en soutien aux anciens prisonniers politiques tibétains.

Les 41 marcheurs avaient été arrêtés au cours de la semaine précédent la fin de la Marche, à l'issue de plusieurs confrontations à proximité de la frontière indo-tibétaine dans le district de Kinnaur - dont Chime Youngdung, le Président du 'National Democratic Party of Tibet', et Konchok Yangphel, Attaché de Presse de l'ONG 'Tibetan Youth Congress'. Ils ont tous été libérés dans les jours précédant la cérémonie de clôture : vingt d'entre eux les 24 et 25 juin sur engagement personnel de ne pas s'impliquer dans des activités portant atteinte au gouvernement indien ; les 21 derniers furent libérés sans condition à Reckong Peo (ou Poo) ce 27 juin.
Tous se sont retrouvés avec les autres marcheurs à Paonta Sahib pour la cérémonie de clôture.
"Nous avons eu beaucoup de réussites sur cette Marche, en particulier le fait d'être arrivé à 10 kilomètres de notre patrie", disait Chime Youngdung, qui a été arrêté le 19 juin. "Maintenant nous devons mobiliser les Tibétains partout dans le monde pour manifester pendant les Jeux olympiques. Nous n'abandonnerons jamais nos frères et s½urs au Tibet."
Les marcheurs commencèrent à quitter Paonta Sahib le 27 juin 2008 après-midi. Instants pénibles pour beaucoup de marcheurs de se résoudre ainsi à se séparer après avoir cheminé côte à côte pendant quatre longs mois.
"Aujourd'hui nous devons nous séparer mais seulement pour nous permettre de nous organiser, de planifier, afin de nous retrouver en août, plus fort encore ! Quand nous nous reverrons, nous serons des milliers", déclara le Dr. B Tsering, Présidente de l'organisation "Tibetan Women's Association".

Source : Tibetan People's Uprising Movement, 29 juin 2008

La "Marche de retour au Tibet" s'est achevée après la libération des derniers marcheurs emprisonnés.
Les Tibétains se préparent à agir au cours des Jeux olympiques de Pékin.
Au terme de son 110ème jour de progression, la "Marche de retour au Tibet" a été déclarée officiellement terminée le 27 juin au matin à l'issue d'une cérémonie de clôture tenue au camp de réfugiés tibétains de Paonta Sahib (état d'Himachal Pradesh). Les présidents des cinq ONG [1] organisatrices prièrent les marcheurs de rejoindre leurs communautés respectives afin de mobiliser et de motiver leurs amis et leurs proches en vue de se préparer pour de plus amples opérations en août pendant les Jeux olympiques de Pékin.

"La Marche de retour au Tibet est arrivée à son terme, mais la campagne "Tibetan People's Uprising Movement" [2] se poursuit. Nous nous rassemblerons encore plus nombreux pour protester contre la Chine organisatrice des J.O. de 2008", déclarait Ngawang Woebar, Président de GuChuSum, l'association venant en soutien aux anciens prisonniers politiques tibétains.

Les 41 marcheurs avaient été arrêtés au cours de la semaine précédent la fin de la Marche, à l'issue de plusieurs confrontations à proximité de la frontière indo-tibétaine dans le district de Kinnaur - dont Chime Youngdung, le Président du 'National Democratic Party of Tibet', et Konchok Yangphel, Attaché de Presse de l'ONG 'Tibetan Youth Congress'. Ils ont tous été libérés dans les jours précédant la cérémonie de clôture : vingt d'entre eux les 24 et 25 juin sur engagement personnel de ne pas s'impliquer dans des activités portant atteinte au gouvernement indien ; les 21 derniers furent libérés sans condition à Reckong Peo (ou Poo) ce 27 juin.
Tous se sont retrouvés avec les autres marcheurs à Paonta Sahib pour la cérémonie de clôture.
"Nous avons eu beaucoup de réussites sur cette Marche, en particulier le fait d'être arrivé à 10 kilomètres de notre patrie", disait Chime Youngdung, qui a été arrêté le 19 juin. "Maintenant nous devons mobiliser les Tibétains partout dans le monde pour manifester pendant les Jeux olympiques. Nous n'abandonnerons jamais nos frères et s½urs au Tibet."
Les marcheurs commencèrent à quitter Paonta Sahib le 27 juin 2008 après-midi. Instants pénibles pour beaucoup de marcheurs de se résoudre ainsi à se séparer après avoir cheminé côte à côte pendant quatre longs mois.
"Aujourd'hui nous devons nous séparer mais seulement pour nous permettre de nous organiser, de planifier, afin de nous retrouver en août, plus fort encore ! Quand nous nous reverrons, nous serons des milliers", déclara le Dr. B Tsering, Présidente de l'organisation "Tibetan Women's Association".



Source : Tibetan People's Uprising Movement, 29 juin 2008

[2] NdT : la Marche est l'une des actions du "Mouvement de Soulèvement du Peuple Tibétain", mais pas la seule.


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# Posté le lundi 30 juin 2008 03:05

PoUrQuOi lA ChInE A BeSoIn dU DaLaÏ LaMa

- Pourquoi à quelques semaines des Jeux olympiques, les autorités chinoises ne peuvent plus ignorer le Dalaï Lama ?
- Qu
el rôle la France a-t-elle à jouer auprès de la Chine, à l'heure de la Psidence de l'Union européenne ?
Lo
uis de Broissia propose des éclaircissements sur ces questions dans un article du Journal du Parlement.

La
France, qui s'est toujours montrée déterminée dans son soutien au Dalaï Lama, possède à l'évidence une carte d'importance à jouer, avec la Présidence de l'Union européenne au moment des Jeux olympiques, tandis que la Chine, qui suit ce dossier explosif avec la plus grande vigilance, a encore la possibilité de reprendre la main si elle enclenche de réelles négociations.
P
our le Journal du Parlement, le sénateur Louis de Broissia nous montre pourquoi la Chine a besoin du Dalaï Lama.

Deux en
seignements peuvent être tirés des événements récents à Lhassa et dans les autres villes tibétaines. D'une part, en dépit des accomplissements économiques du régime, les Tibétains - et notamment la jeune génération - n'acceptent toujours pas la domination de type colonial que la Chine exerce sur eux depuis bientôt soixante ans.
D'a
utre part, en dépit de son exil prolongé et des campagnes "d'éducation patriotique", l'immense majorité des Tibétains considère toujours le Dalaï Lama comme son chef spirituel et politique légitime, ainsi que leur "identité respectée et reconnue parmi les nations".
Le
s masques sont tombés. Les autorités chinoises ne peuvent plus s'abriter derrière le discours glorifiant la liberté politique et le bien-être économique des Tibétains, qu'elles m'avaient tenu au mois d'août 2006, lorsque j'avais conduit à Pékin et Lhassa une délégation de sénateurs français [1]. Aujourd'hui, il est patent que le pouvoir au Tibet repose uniquement sur la force et sur la peur.
Le
s dirigeants de Pékin se retrouvent ainsi dans une situation extrêmement inconfortable devant l'opinion publique mondiale, à trois mois seulement de l'ouverture des Jeux olympiques. Pour en sortir, une seule voie s'ouvre à eux : celle de la négociation avec le Dalaï Lama. Les négociations sino-tibétaines, dont les débuts remontent à la fin des années 1970 [2], mais qui ont connu des éclipses, ont été relancées depuis 2002. C'est ainsi que six "rounds" de négociation se sont succédés, jusqu'au mois de juillet 2007, sans toutefois enregistrer beaucoup de progrès. Une nouvelle rencontre a eu lieu le 4 mai dernier, c'est-à-dire après les événements récents au Tibet. Il est encore trop tôt pour savoir si cette reprise du dialogue débouchera sur quelque chose de tangible ou s'il s'agit d'une simple concession de façade. La difficulté est que les autorités chinoises, tout en acceptant officiellement de discuter avec les envoyés du Dalaï Lama, persistent à diaboliser celui-ci. Le chef spirituel et politique des Tibétains, avec le réalisme qui le caractérise, ne revendique plus depuis longtemps l'indépendance. Il souhaite seulement que son peuple bénéficie d'une vraie autonomie, qui lui permettrait de préserver la spécificité de sa culture au sein de l'ensemble chinois. Mais les dirigeants de Pékin affectent de ne pas croire à la sincérité, pour mieux le dénoncer comme un "séparatiste" adepte du double langage. Il devient urgent pour eux d'abandonner cette rhétorique stérile, et de prendre conscience de la chance qu'ils ont d'avoir pour interlocuteur un homme de paix et de dialogue comme Tenzin Gyatso, le 14ème Dalaï Lama.

En ef
fet, les événements récents le démontrent, toute une fraction du peuple tibétain n'accepte ni la renonciation du Dalaï Lama à l'indépendance, ni la voie de la non-violence qu'il a choisie et défend avec constance. Ceux qui, au sein du régime communiste chinois, spéculent sur la disparition inéluctable du Dalaï Lama, âgé de 72 ans [2], en espérant que la question du Tibet sera alors définitivement classée, se trompent lourdement. Ce sont les dirigeants chinois partisans d'un accord du vivant du Dalaï Lama - ils existent, même si on ne les entend guère à l'heure présente - qui font un pari raisonnable.
La ma
in tendue par le Dalaï Lama aux Chinois est toujours ouverte. Et nous l'avons vu jeter tout le poids de son autorité dans la balance, pour faire cesser les violences de la part des insurgés au Tibet. Car il savait que le retour au calme était la condition préalable à toute reprise des négociations sino-tibétaines. Je suis convaincu que le Dalaï Lama aura la force d'entraînement suffisante pour faire accepter par son peuple une solution de compromis, conforme à la "Voie médiane" [3]" qu'il prône depuis des années. Les autorités chinoises doivent se convaincre que la conclusion d'un accord politique, qui permettrait le retour des exilés au Tibet et du Dalaï Lama à Lhassa, loin d'être un désaveu de la présence chinoise sur le haut plateau, serait un message de confiance et de paix qu'elles adresseraient au reste du monde.
Alors la République populaire de Chine pourrait-elle tendre aux exilés tibétains la main du retour : alors le Tibet ne resterait plus une question internationale mais redeviendrait ce "patrimoine mondial de l'humanité", orgueil d'une Chine, puissance mondiale.



Le Journal du Parlement
Nouvelle série, n° 42 - Juin 2008
Prix : 5 ¤
Rédaction : Tel : 01 43 79 07 37 - Fax : 01 43 79 76 88
Courriel : redaction@le-journal-du-parlement.fr

[1] Voyage durant lequel les sénateurs formaient le v½u que les discussions engagées entre le Dalaï Lama et le gouvernement chinois puissent déboucher sur un accord avant les Jeux olympiques de Pékin en 2008.

[2] Le XIVème Dalaï Lama, Tenzin Gyatso, est né le 6 juillet 1935 à Taktser, dans l'Amdo, sous le nom de Lhamo Thondup. Voir une courte biographie du Dalaï Lama.

[3] La Voie Médiane fut la base de réflexion annoncée par le Dalaï Lama en 1974 pour trouver une solution à la question tibétaine, en prônant une recherche de compromis avec le gouvernement chinois. Lorsque des contacts directs avec le gouvernement de Pékin furent établis en 1979, Deng Xiaoping déclara "qu'à l'exception de l'indépendance, tous les problèmes pourraient trouver une solution par la négociation". Cette Voie Médiane est rappelée par le Dalaï Lama dans ses discours prononcés le 10 mars de chaque année



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# Posté le jeudi 26 juin 2008 00:22